Tania de Montaigne est écrivaine et journaliste. Elle est l’auteure de romans et d’essais dont Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin (Grasset), Prix Simone Veil 2015, et L’Assignation, les Noirs n’existent pas (Grasset), Prix de la laïcité 2018. Son dernier essai Un violent désir de chaleur humaine est paru en janvier 2026 aux éditions Grasset. En 2019, elle fait ses premiers pas sur scène sous la direction de Stéphane Foenkinos dans Noire une adaptation de son essai éponyme. En 2022, l’Assignation devient à son tour un spectacle et donne également lieu à une adaptation sous forme de documentaire théâtral, Sale race, diffusé sur France 5 en 2023. La même année, Noire devient une exposition immersive en réalité augmentée. Inaugurée au Centre Pompidou, Noire tourne depuis dans le monde entier et a remporté en mai 2024 le Prix de la meilleure oeuvre immersive au Festival de Cannes. Depuis 2017 Tania de Montaigne tient une chronique mensuelle dans le journal Libération.
« Dégénérée », « Vas faire à bouffer connasse ! », « Vas t’occuper de ton gosse ! » , « T’es pas prête à ce qui va t’arriver », « Regarde ta coupe on dirait un balai à chiotte », « Meurs, t’es pas belle… », « Tu mérites de te faire égorger… »
« Le premier message est arrivé sur mon compte à 23h03. Je me suis dit, ça doit être une erreur. Je n’ai pas senti qu’à ce moment précis j’étais en train de devenir le point de rencontre entre les plus anciennes pulsions humaines, la peur, la haine, le meurtre, la cupidité, d’un côté, et la technologie la plus avant-gardiste de l’autre ».
Quelque chose dans notre civilisation s’est brisé. Il ne s’agit plus d’un malaise ni d’un combat entre le juste et l’injuste, le vrai et le faux, le bien et le mal, le réel et le numérique. Quelque chose de bien plus profond et d’enfoui a explosé à la faveur des réseaux sociaux : la haine, notre haine. On ne compte plus les messages violents, racistes, misogynes, homophobes, qui déferlent sur nos appareils. Et dans nos vies. À la légitime question, que faire ?, on pointe du doigt les objets, ce téléphone que l’on dit smart, ces réseaux que l’on dit sociaux. Mais si l’objet est en cause, est-il vraiment LA cause ? Regarder l’objet sans se regarder soi-même, c’est regarder le doigt sans regarder la lune. « La folie c’est de faire tout le temps la même chose et d’attendre un résultat différent », écrit Einstein. Sommes-nous prêts à vivre différemment ?